• Le 10 septembre 2014

Le projet TEDS (Territoires et décrochages scolaires) porté par Pierre-Yves Bernard a été retenu dans le cadre de l'appel à projet générique 2014 de l'ANR.

Outre Pierre-Yves Bernard, quatre autres membres du CREN participent à cette recherche : François Burban, Yves Dutercq, Pascal Guibert et Christophe Michaut. Ce projet collaboratif mobilise trois autres laboratoires : le Centre Emile Durkheim de l'université de Bordeaux (Thierry Berthet, Véronique Simon, Alain Verretout et Joël Zaffran), ESO-Caen (Gérard Boudesseul, Patrice Caro et Céline Vivent), , le LEST à l'université de Marseille (Vanessa Di Paola, Stéphanie Moullet et Eric Verdier). Centré sur une approche en sciences de l'éducation, cette recherche comporte une forte dimension d'interdisciplinarité à partir des apports de la sociologie, des sciences politiques, de la géographie et de l'économie.


Résumé du projet

Le projet TEDS (territoires et décrochage scolaire) vise à rendre compte des variations territoriales du décrochage scolaire en France, afin de déterminer des effets de contexte sur ce phénomène et de mieux comprendre la diversité des parcours et des motifs de décrochage des jeunes. Alors que les travaux quantitatifs sur le décrochage scolaire s'appuient généralement sur une mesure globale du phénomène à partir d'une norme institutionnelle, la piste de recherche qui sera suivie ici propose de dépasser cette approche réductrice en considérant la diversité des décrochages scolaires et leur inscription dans des configurations territoriales spécifiques, du local au cadre national.

La mise en œuvre en France depuis 2011 des plates-formes de suivi et d'appui des décrocheurs (PSAD) offre des possibilités inédites de développer la connaissance des parcours et des expériences vécues par les jeunes en situation de décrochage scolaire. Organisées sur une base territoriale, les PSAD permettent également d'envisager des recherches dans le champ des effets de contexte sur le décrochage scolaire : l'hypothèse générale de cette recherche est que le contexte, dans ses dimensions sociales (structure sociale, inégalités d'accès aux différentes ressources sociales et culturelles) économiques (niveau de richesse, marché du travail) et institutionnelles (offre de formation, offre de dispositifs de prévention, d'intervention et de réparation des ruptures scolaires) affecte les parcours scolaires des individus, ce qui peut se traduire pour certains d'entre eux par un décrochage scolaire. Une voie jusque-là peu explorée consiste à interroger les jeunes sur les raisons qui les ont amenés à interrompre précocement leurs études, ce qui permet d'approcher leurs logiques d'action et les contraintes qui les restreignent. Ce genre d'approche n'est bien sûr pas exclusif d'une caractérisation plus objective des individus à partir de variables sociodémographiques et scolaires. Il parait donc pertinent de chercher à relier la dimension subjective du décrochage scolaire, perçue à travers les raisons données par les jeunes, aux conditions objectives dans lesquelles ces motifs s'inscrivent à un niveau territorial donné.

Le matériau empirique sera constitué par des enquêtes quantitatives par questionnaires auprès des jeunes en situation de décrochage scolaire, par des entretiens permettant de mieux comprendre les expériences vécues par ces jeunes, mais également auprès de responsables et de professionnels en charge de la lutte contre le décrochage scolaire, et enfin par l'exploitation secondaire de données afin de caractériser les différents niveaux de contexte. Le croisement de données subjectives sur le vécu du décrochage scolaire par les jeunes, de données objectives sur leurs caractéristiques sociodémographiques et de données de contexte territorial permettra de mieux appréhender les différentes configurations du décrochage scolaire.

Ce projet vise à apporter de nouveaux éclairages sur des domaines de recherche peu explorés en France jusque-là. La dimension subjective des parcours de décrochage scolaire n'y a été jusqu'à présent abordée que dans le cadre de travaux qualitatifs. Or la connaissance des logiques d'action individuelles est un enjeu primordial dans la lutte contre le décrochage scolaire. Il est indispensable de connaître ce que pensent les jeunes en situation de décrochage scolaire pour concevoir et organiser des cadres d'action efficients.

L'approche par les contextes se caractérise également par sa dimension novatrice. L'existence de données administratives nationales constitue à cet égard une opportunité autorisant de nouvelles perspectives de recherches. Là encore l'enjeu est essentiel dans la lutte contre le décrochage scolaire, parce que cette approche éclairera les écarts interrégionaux ou entre les territoires, et, de ce fait, nourrira la réflexion sur les politiques éducatives et leurs effets.