• Le 03 février 2014

La guerre d'Algérie est le dernier conflit dans lequel l'État français a engagé des appelés du Contingent. En tout deux millions trois cent mille jeunes hommes de toutes origines sociales et de toutes régions de France ont dû faire la guerre à  d'autres hommes qui avaient choisi l'indépendance pour leur pays. Dix ans seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils se battaient pour une cause qui, le plus souvent, n'était pas la leur, sur un territoire dont ils étaient pour partie les occupants,  dans une contrée lointaine dont l'opinion se
souciait assez peu, incorporés à une Armée parfois inconséquente, pas toujours  irréprochable. A leur retour, ces « rabatjoie » entrant dans la toute nouvelle société de consommation étaient donc encouragés à se taire et à cacher des souffrances souvent invisibles des autres et pourtant bien présentes à leur esprit.
Parmi eux, quatre jeunes appelés du Contingent, originaires de Bretagne, du Centre, de Normandie ou encore de Picardie, sont rentrés d'Algérie furieux, tourmentés ou en proie au chagrin et se sont tus pendant environ quarante ans.
Puis, laborieusement ou avidement, ils se sont mis à écrire ce qui est leur récit d'une situation extrême de vie.
Ces récits présentés un par un puis croisés donnent à voir des pans singuliers et parfois méconnus de l'histoire de ce conflit et se révèlent être de véritables oeuvres dont l'esthétique favorise une restauration de l'estime de soi. Enfin, les
commentaires recueillis auprès de leurs auteurs permettent de comprendre les processus qui ont présidé à la longue période de « volonté somnolente » qui a frappé les quatre appelés, ceux qui ont favorisé la prise de plume et, surtout, de mettre au jour les effets de « raccommodement » produits par l'écriture autobiographique.

Corinne Chaput-Le Bars, docteure en Sciences de l'Éducation, qualifiée au grade de maître de conférences, est chargée de recherche à l'Institut Régional du Travail Social de Basse-Normandie. Elle est par ailleurs chercheuse associée au CREN (Centre de Recherche en Éducation de Nantes) et chercheuse-collaboratrice au Centre jeunesse de Québec-Institut Universitaire. En tant que fille d'un appelé du Contingent ayant participé à la guerre d'Algérie, elle est une chercheuse impliquée qui publie ici une partie d'un diptyque consacré aux traumatismes de guerre et au processus de résilience généré par l'écriture.